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4 junio 2026  |  Por Redacción

« Prendre soin, ne pas écarter » : des responsables européens alertent sur les risques de la légalisation de l’euthanasie

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Paris | Alors que la France accélère l’examen d’un projet de loi visant à légaliser l’euthanasie, des parlementaires, juristes et responsables de la société civile de plusieurs pays se sont réunis à Paris le 28 mai dernier pour réfléchir aux implications éthiques, juridiques et sociales de l’expansion de cette pratique en Europe.

Sont intervenus lors du colloque intitulé « Protéger la dignité en fin de vie : Stop à l’euthanasie en Europe » Laurence Trochu, députée au Parlement européen ; Christophe Bentz, député à l’Assemblée nationale française ; Grégor Puppinck, président du European Centre for Law and Justice (Centre européen pour le droit et la justice – ECLJ) ; Polonia Castellanos, présidente de la Fondation espagnole des Avocats chrétiens (Fundación Española de Abogados Cristianos – FEAC) ; Amanda Hunter, cofondatrice de Families Against Involuntary Medical Euthanasia (Familles contre l’euthanasie médicale involontaire – FAIME), au Royaume-Uni ; ainsi que Lola Velarde, directrice exécutive de Political Network for Values (Réseau politique pour les valeurs – PNfV).

L’événement, organisé à la Maison de l’Argentine à Paris par le PNfV, l’ECLJ, la FEAC et La Bourse Tocqueville, s’est tenu dans un contexte particulièrement sensible. Le président Emmanuel Macron soutient actuellement un projet de loi d’« aide à mourir » destiné à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté. Selon les intervenants, la procédure législative avance à un rythme inhabituellement rapide et ne permet pas un débat public suffisamment large et approfondi.

Vous pouvez visionner ici un résumé vidéo de l’événement.

Le cas Noelia : le véritable visage de l’euthanasie

Polonia Castellanos, présidente de la FEAC, a affirmé que le cas de Noelia est emblématique car il révèle le véritable visage de l’euthanasie. Noelia Castillo, une jeune Espagnole de seulement 25 ans, a reçu une injection létale le 26 mars dernier à l’issue d’une procédure qui, selon elle, a été entachée d’irrégularités et n’a pas respecté la législation en vigueur. Ses derniers mots auraient été : « J’ai peur ».

Mme Castellanos a expliqué que la jeune femme souffrait d’un trouble de la personnalité borderline, d’un trouble obsessionnel compulsif et de limitations cognitives, en plus de séquelles physiques consécutives à une tentative de suicide survenue après un viol collectif. Malgré la gravité de ses blessures, elle se trouvait, selon elle, dans un processus de récupération progressive qui lui permettait déjà de parcourir de courtes distances à l’aide d’un déambulateur et de béquilles.

La FEAC a assuré la défense juridique des parents de Noelia, qui ont demandé en justice la suspension de la procédure en soutenant que leur fille n’était pas en mesure de donner un consentement libre et éclairé en raison de son état psychiatrique.

Mme Castellanos a également indiqué que la médecin ayant proposé l’euthanasie à Noelia exerçait parallèlement les fonctions de coordinatrice de prélèvements d’organes et que c’est elle — et non Noelia — qui avait rédigé de sa propre main la demande d’euthanasie alors que la jeune femme se trouvait dans une situation de grande vulnérabilité psychologique. Elle a également affirmé qu’au sein de la Commission de garanties chargée d’examiner le dossier, au moins huit membres entretenaient des liens avec le secteur de la transplantation d’organes ou avec des organisations militantes favorables à l’euthanasie.

« Le cas Noelia représente l’échec d’un système présenté comme doté de solides garanties mais qui, en pratique, ne protège pas les plus vulnérables », a-t-elle déclaré.

Prendre soin, non tuer

La députée européenne Laurence Trochu a souligné qu’une erreur fréquente dans le débat contemporain consiste à identifier la dignité humaine à la capacité fonctionnelle, à l’autonomie ou à l’indépendance d’une personne, tout en attribuant à l’État le pouvoir de déterminer qui possède ou non cette dignité. Elle a affirmé que la dignité est intrinsèque à tout être humain et découle de sa nature même. Elle ne diminue ni avec la maladie, ni avec le handicap, ni avec la souffrance, ni avec la dépendance. L’État ne confère pas la dignité : il la reconnaît et la protège.

Pour la parlementaire, le projet actuellement débattu en France est particulièrement préoccupant parce qu’il présente l’euthanasie non comme une exception strictement encadrée, mais comme un « droit », ce qui implique une profonde transformation de l’ordre juridique et culturel. « L’adoption de cette loi signifierait la défaite de la solidarité ; la réponse à la douleur et à la souffrance doit être le soin, non la mise à mort », a-t-elle déclaré.

Mme Trochu a également averti que certaines expressions utilisées pour désigner l’euthanasie cherchent à masquer ou à atténuer la réalité de ce qui est proposé : l’intervention délibérée destinée à provoquer la mort d’un patient. Selon elle, l’usage d’euphémismes et de termes ambiguës ou émotionnellement attractifs tels que « mort dans la dignité », « aide à mourir » ou « autonomie corporelle en fin de vie » empêche une compréhension claire des conséquences éthiques, juridiques et sociales de cette pratique. « La première étape pour faire face à l’euthanasie consiste à utiliser les mots justes », a-t-elle affirmé.

Une loi menée à marche forcée

Christophe Bentz, député à l’Assemblée nationale, a estimé que le gouvernement d’Emmanuel Macron pousse la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté à un rythme inhabituel, réduisant le temps consacré au débat parlementaire et sociétal parce qu’il sait que cette réforme est particulièrement radicale. Le projet entend instaurer un « droit à la mort assistée », ce qui représente selon lui une rupture anthropologique, sociale et civilisationnelle.

M. Bentz a rappelé que les sociétés européennes ont toujours construit leurs systèmes de santé et de protection sociale sur le principe d’accompagner et de soigner les personnes qui souffrent. À l’inverse, la nouvelle législation intégrerait, si elle était adoptée, l’administration délibérée de la mort comme élément structurel du système, avec des conséquences potentiellement graves pour les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables.

Le projet a été adopté à deux reprises par l’Assemblée nationale et rejeté deux fois par le Sénat. Une commission mixte paritaire chargée d’élaborer un texte de compromis n’est pas parvenue à trouver un accord. Si la loi n’est pas adoptée dans le calendrier législatif actuel, son examen pourrait être reporté. Pour le député, l’absence de consensus parlementaire devrait suffire à justifier son abandon. Il a également souligné que, contrairement à ce qu’affirment ses promoteurs, l’euthanasie ne bénéficie pas d’un consensus social solide.

Une étude révélatrice

Laurence Trochu et Christophe Bentz ont cité une étude publiée en janvier par la Fondation pour l’Innovation Politique (Fondapol), selon laquelle 51 % des Français s’opposent à la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, tandis que 60 % ignorent le contenu du projet actuellement débattu. L’opposition est majoritaire dans l’ensemble du territoire, des grandes métropoles aux zones rurales, et particulièrement forte chez les jeunes de 18 à 24 ans (64 %).

Selon cette même étude, un Français sur deux estime que l’accès aux soins palliatifs devrait être garanti sur l’ensemble du territoire avant toute discussion sur une loi relative à « l’aide à mourir ». Si l’un de leurs proches était gravement malade, 52 % des personnes interrogées souhaiteraient qu’il bénéficie de soins palliatifs de qualité plutôt que de l’euthanasie. Ce résultat est particulièrement significatif alors qu’un rapport de la Cour des comptes publié en 2025 indiquait que la moitié des personnes ayant besoin de soins palliatifs en France n’y ont pas accès.

Les plus vulnérables en danger

Amanda Hunter, cofondatrice de FAIME, a souligné qu’il n’existe pas davantage de consensus politique ou social au Royaume-Uni sur la question de l’euthanasie. Le projet de loi présenté au Parlement britannique en 2024, qui semblait initialement progresser rapidement, a finalement échoué le 24 avril 2026 faute de temps parlementaire. Mme Hunter a attribué ce résultat à la mobilisation des associations, des professionnels de santé et des familles.

Certains députés favorables à la mesure ont toutefois annoncé leur intention de réintroduire le projet sous une autre forme. Mme Hunter a contesté l’idée selon laquelle il existerait une forte demande sociale en faveur du suicide assisté, soulignant qu’il existe en revanche une demande croissante d’accès aux soins palliatifs. Une personne sur trois décédant en Angleterre ne reçoit pas les soins palliatifs de base.

L’activiste britannique a également évoqué l’expérience de sa propre famille. Selon elle, certaines pratiques actuellement autorisées accélèrent déjà la mort des patients en phase terminale par le retrait de l’alimentation et de l’hydratation, comme ce fut le cas de son père. Elle a averti que lorsqu’une société accepte la mort provoquée comme réponse légitime à la souffrance, les médecins, les institutions et les pouvoirs publics peuvent être conduits à considérer la réduction des coûts comme un facteur déterminant. Les plus exposés sont alors les plus vulnérables, en particulier les personnes dépourvues de ressources financières ou de soutien familial solide.

Une question de civilisation

Grégor Puppinck, président du European Centre for Law and Justice, a expliqué qu’une grande partie du débat actuel repose sur une conception de l’être humain fondée sur l’autonomie individuelle absolue. Il a défendu au contraire une vision qui reconnaît la vulnérabilité, l’interdépendance et la responsabilité mutuelle comme des éléments constitutifs de la vie en société.

Selon lui, le soin apporté aux faibles et aux personnes vulnérables constitue l’un des fondements historiques de la civilisation européenne. Les lois autorisant l’euthanasie ne modifient pas seulement certaines procédures médicales : elles transforment progressivement la manière dont une société comprend la maladie, la dépendance, la souffrance, la solidarité et la mort.

Le juriste a conclu en affirmant que le débat dépasse largement le domaine médical et soulève des questions fondamentales concernant la nature des droits de l’homme, les limites du pouvoir public et le type de société que l’Europe souhaite construire pour les générations futures. « La légalisation de l’euthanasie représente une régression civilisationnelle », a-t-il déclaré.

« Nous sommes de plus en plus nombreux »

Santiago Muzio, directeur de la Maison de l’Argentine à Paris et hôte de la rencontre, a affirmé que la défense de la vie est un combat qui rassemble un nombre croissant de personnes. Il a déclaré que la vie est un don de Dieu et qu’il ne faut jamais proposer la mort comme réponse à la souffrance, mais accompagner et prendre soin des personnes afin qu’elles puissent, lorsque leur Créateur le voudra, rendre leur dernier souffle dans la dignité.

« C’est très important pour nous. Ce ne sont pas seulement des paroles. C’est pourquoi nous avons ouvert les portes de la Maison de l’Argentine : la défense de la vie, de la conception à la mort naturelle, fait partie des valeurs de notre peuple et le gouvernement actuel en a fait l’un de ses principes d’action politique », a-t-il expliqué.

En clôture de la rencontre, Lola Velarde, directrice exécutive de Political Network for Values, a appelé à construire une culture dans laquelle il deviendrait impensable de répondre à la souffrance en éliminant celui qui souffre. Elle a souligné que de plus en plus de personnes élèvent leur voix en faveur de la vie et remettent en question l’orientation prise par certaines législations européennes.

Mme Velarde a présenté une feuille de route pour promouvoir le soin des personnes et la défense de leur dignité dans les dernières étapes de la vie. « Il est toujours possible de faire un pas de plus dans l’affirmation de la vie comme un don que l’État doit protéger. L’avancée de l’euthanasie n’est pas inéluctable. Nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre que la réponse à la souffrance est de prendre soin, d’accompagner et non d’écarter », a-t-elle déclaré.

Vous pouvez visionner ici l’enregistrement complet de l’événement.

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